lundi 3 juillet 2017

Ventes Segalen

Monsieur Gilbert Voisin nous a aimablement transmis certaines des dernières ventes concernant les œuvres de Victor Segalen. Nous lui adressons nos remerciements et reproduisons les extraits des catalogues de vente).

1. Ouvrages vendus
  • PIERRE BERGE & associés - En association avec SOTHEBY'S. BIBLIOTHÈQUE JEAN A. BONNA. Livres & manuscrits choisis du XVe au XXe siècle. MERCREDI 26 AVRIL 2017 à 14h00 Drouot.

Détails du lot n°279.
Estimation : 6 000 - 8 000 €. Résultat : 7 519 €.
SEGALEN (Victor). Stèles. Pei-King, Des presses du Pei-T’ang, 1912. In-4 étroit [288 x 142 mm] imprimé d’un seul côté sur une feuille pliée formant 102 pages ; couvertures de papier beige avec étiquette de titre imprimée et collée sur le plat supérieur, boîte moderne. Édition originale. Tirage limité à 281 exemplaires : 81 numérotés sur papier impérial de Corée – les 21 premiers sur un papier plus épais – et 200 sur papier vélin parcheminé. En outre, il a été tiré cinq exemplaires non numérotés : 2 Chine, 2 Japon et 1 exemplaire de passe.
UN DES 81 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS SUR PAPIER IMPÉRIAL DE CORÉE, « NON COMMIS À LA VENTE » (Nº 37).
Beau livre, d’une mise en page non seulement subtile mais d’une incomparable autorité : une des œuvres phares de la poésie du XXe siècle, « un genre littéraire nouveau » selon les vœux de l’auteur. Fruit du choc éprouvé par Segalen lors de sa première expédition en Chine en compagnie d’Auguste Gilbert de Voisins (1909-1912), l’édition de Stèles fut conçue et financée par son auteur. L’impression eut lieu à Pékin, sur les presses de la mission lazariste. Elle renferme près de 150 poèmes en prose, avec des épigraphes en calligraphie classique.
L’ouvrage est orné de deux sceaux "apposés à la main et faits de cinabre impérial ». Le troisième sceau figurant habituellement en fin d’ouvrage ne se trouve pas ici, mais un sceau supplémentaire figure en tête de volume.
Il existe deux sortes de couvrure pour Stèles, l’une constituée de deux plaques en bois, l’autre faite de deux cartons recouverts d’une soie chinoise : le présent exemplaire ne possède ni l’une, ni l’autre. Cela s’explique sans doute par la date de l’envoi – août 1912 – c’est-à-dire précisément quand l’ouvrage commença à sortir des presses ; les reliures n’étaient peut-être pas encore confectionnées. De même, on peut supposer que l’absence du sceau final et la présence d’un sceau supplémentaire au début relève d’erreurs de fabrication au début.
PRÉCIEUX ENVOI AUTOGRAPHE SIGNÉ :

A Jean Chabaneix
en parfaite sympa-
thie littéraire & a-
mitié – A Madame
J. Chabaneix, en
respectueux hommage
Victor Segalen
Tientsin. Août 1912

Sous l’envoi, Segalen a tracé neuf idéogrammes chinois : cette citation de Zeng Zi, disciple de Confucius, peut être traduite par : « Un vrai gentilhomme, un homme sage trouve ses amis grâce à ses écrits. »
Superbe provenance que celle du docteur Chabaneix (1870-1913) que fréquenta Segalen en Chine. L’écrivain fut nommé à Shan-hauguan en janvier 1911 afin de diriger le service de quarantaine, à la place de Chabaneix rappelé à T’ien-Tsin. Deux mois plus tard, les deux médecins se retrouvent à T’ien-Tsin : moins d’un an plus tard, Chabaneix devait mourir du typhus. Segalen, qui l’a assisté dans son agonie, a rapporté les événements dans une lettre bouleversante.
Les liens entre les deux hommes remontaient avant leur rencontre en Chine : dans sa thèse soutenue en 1902 – Les Cliniciens ès Lettres – Victor Segalen citait l’ouvrage du frère de son confrère, Paul Chabaneix, intitulé : Influence du subconscient dans les œuvres de l’esprit. Paul Chabaneix et sa femme publièrent également des poèmes sous les pseudonymes de Marie et Jacques Nervat.
PRÉCIEUX VOLUME, L’UN DES TOUT PREMIERS EXEMPLAIRES DE STÈLES OFFERTS PAR SEGALEN.
(Bibliothèque nationale, En français dans le texte, Paris, 1990, nº 340 : « En même temps qu’il écrit sa première stèle, le 24 septembre 1910, Segalen commence à rédiger l’admirable texte préliminaire en s’arrangeant "pour que tout mot soit double et retentisse profondément". Il compose ainsi un très lucide art poétique et, par la formule jour de connaissance au fond de soi, se rattache à la famille des poètes pour qui la poésie est un moyen de connaissance et tentative pour forcer les portes du monde. »)
Couverture défraîchie. Traces de colle au niveau des raccords de papier. Pâles piqûres éparses.
  • ALDE. Maison de ventes spècialisée. Éditions originales des XIXe et XXe siècle. Livres, Photographies, Autographes, Édition originale. Envois autographes. MERCREDI 29 JUIN 2016 à 14h00 salle Rossini

Détails du lot n°292.
Estimation : 800 - 1000 €. Résultat : 1000 €.
SEGALEN (Victor). Odes. Paris, Les Arts et le Livre, 1926. In-4 étroit plié à la chinoise, couverture de papier brun avec pièce de titre imprimée, étui d’éditeur composé de deux ais de bois réunis par deux rubans de soie orangée, titre gravé en vert à la verticale sur le premier plat. Édition originale, posthume, tirée à 350 exemplaires. Un des 30 exemplaires de tête sur papier coréen. # Couverture inégalement brunie, rousseurs éparses.

2. Ouvrages en vente

  • Stèles

1 volume. Grand in-8 étroit plié à la chinoise. Feuilles de différentes tailles imprimées sur une seule face, jointes et pliées en portefeuille régulier formant 106 pp. (soit 4 de couverture et 102 intérieures), pièce de titre imprimée collée sur le premier volet. Papier coréen extrêmement robuste unissant les qualités du Japon au Chine traditionnels. Le format est un modèle réduit exactement proportionné de la fameuse stèle nestorienne de Si-ngan- fou (format rectangulaire et élevé). Le texte de chaque stèle est encadré par un filet noir, et une épigraphe en caractères chinois accompagne à droite le titre français. Manquent les deux ais de camphrier retenues par deux lacets de soie. Très bel état. VÉRITABLE ÉDITION ORIGINALE hors commerce tirée à 81 exemplaires numérotés sur papier Impérial de Corée (n° 26). E.A.S. de Victor Ségalen à Pierre Bons d’Anty « pour son amitié que l’on irait volontiers chercher jusqu’à Lhassa » (novembre 1912). Exemplaire portant les 3 sceaux rouges habituels de l’édition original de 1912. L’originalité de Segalen s’affirme déjà dans la présentation du volume. Libre de donner à son livre l’aspect qu’il désirait, puisqu’il prenait en- tièrement à sa charge les frais de cette première édition hors commerce, Segalen eut l’idée de s’inspirer de la bibliophilie chinoise pour mieux insister sur la couleur qu’il entendait donner à son œuvre. Ce n’était pas là simple préoccupation d’exotisme facile mais le signe d’une recherche apparentée à des recherches mallarméennes. La première édition de Stèles fut tirée à quatre-vingt un exemplaires, nombre soigneusement prémédité puisqu’il correspond au nombre sacré (9 x 9) des dalles de la troisième terrasse au Temple du Ciel à Pékin. Victor Segalen, breton, médecin de marine, poète et archéologue ayant parcouru le nord de la Chine pendant plusieurs années vers 1904. Il mourut jeune accidentellement. Provenance : Exemplaire du Docteur Poupelain, celui-ci lui ayant été offert par Pierre Rémy Bons d’Anty, ancien consul général au Chongqing (qui l’accompagna au Thibet) en souvenir de leurs mois d’épreuves vécus à 4 et 5000 mètres d’altitude pendant plusieurs mois.
Librairie Koegui, Bayonne : 16000 €.
  • Stèles

Collection coréenne composée sous la direction de Victor Segalen à Péking pour Georges Crès. Des presses du Pei-T’ang, 1914. Imprimé d’un seul côté sur une feuille pliée en acordéon formant 127 pages (14 x 29 cm), contenu entre deux plaquettes de merisier retenues par deux cordons et une demi-feuille de papier pelure. Seconde édition en grande partie originale. Un des 35 exemplaires numérotés sur vergé nacré du tirage de tête. Envoi a. s. : à Jean Fernet « sans marque » de temps, - mais de l’heure où notre amitié s’est trouvée : Victor Segalen. Sur cet exemplaire et son dédicataire voyez notre catalogue Segalen, n° 95.
Librairie Pierre Saunier [France] : 6500 €.
  • Les Cliniciens ès-lettres

Imprimerie Y. Cadoret. Demi-chagrin noir, dos à nerfs orné, fleurons et filets à froid, couverture. Édition originale de la thèse de doctorat en médecine de Victor Segalen. Envoi a. s. : à mon camarade le docteur Trautmann, en toute cordialité. Victor Segalen. Bordeaux le 29 janvier 1902. Voyez le n° 5 de notre catalogue Segalen.
Librairie Pierre Saunier [France] : 3500 €.
  • Odes

Paris, Les Arts et le Livre, 1926. Un volume édité « à la chinoise », soit 12 feuilles pliées en accordéon, imprimée d’un seul coté, formant 41 pages, couvertures de papier brun, étiquette de titre, étui formé de deux ais de bois, sur le premier, le titre est gravé et peint en vert. Deux cordons de soie ferment l’ensemble (cordons neufs). Tiré à 350 exemplaires, un des 30 imprimés sur papier coréen (n° 27), seul tirage de tête, celui-ci hors commerce. Ces 30 exemplaires sont légèrement plus grands que les 320 sur Montval du tirage ordinaire. Première édition (posthume) de ce recueil qui ferme l’œuvre entreprise avec Stèles paru en 1912 ou Segalen annonçait au faux titre : « Il sera donné : Stèles, Peintures Odes ». Édition originale.
Librairie : Illibrairie, Alexandre Illi, Bombadil SA [Switzerland] : 2950 €.
  • Orphée-Roi

Édition décorée de compositions originales gravées sur bois par G.-D. de Monfreid, avec un frontispice d’après Gustave Moreau. Georges Crès et Cie, 1921. Broché Édition originale. Un des 30 exemplaires nuérotés sur Grand papier de Tribut, seul tirage de tête. Celui-ci, un des 15 h.-c. est signé et daté par Yvonne Segalen. Voyez le n° 63 de notre catalogue Segalen.
Librairie Pierre Saunier [France : 1700 €.
  • Odes

Les Arts et Le Livre, Paris, 1926 First Edition. Tall 8vo, 11.5 x 5.75 inches, 41 pp (unpaginated and all folded together accordion style). Red vignette on title page and b/w illus on verso. Gently bevelled camphorwood boards joined with original yellow silk ties. Incised vertical title to upper board with lettering in pale green. 1.5 inch almost closed crack to top of upper board (not objectionable). Brown covers evenly browned as is title label, probable inevitable through contact with camphor boards. Overall Very Good or better. Bon état. No. 3 of only 30 copies on Papier Coréen (Nos. 31-350 were on grand papier de montval). ("Imprimerie Berger-Levrault, Nancy-Paris-Stasbourg —1926" on final page) [Attributes: First Edition; Hard Cover].
Librairie : Any Amount of Books ABA [United Kingdom] : 1250 €.
  • Peintures

Cinq poèmes inédits (écartés de l’édition de 1916). Exemplaire de tête sur grand papier du Japon Kozo Kyokushu. Losne, Thierry Bouchard, 18 novembre 1981. 19 x 12,5 cm, 28 p., 1 pl. hors-texte. En ff., à toutes marges, couv. imprimée à rabats. Étui-boîte par Isabelle Lacheré. Bouchard, n° 71. Édition originale, tirage limité à 444 exemplaires, un des 33 exemplaires de tête sur grand papier du Japon Kozo Kyokushu (avant 411 sur vergé ivoire). Fac-simile de l’édition complète de Peintures, Georges Crès, 1916. Postface d’Annie Joly-Segalen. Notes et variantes établies par Patrice Michèle Béghain et Thierry Bouchard. Une photographie en frontispice prise par Victor Segalen, tirée par Claudine Bouretz. Bouchard, n° 71.
Librairie : Solstices Rare Books Librairie [France] : 700 €.






mercredi 25 janvier 2017

Soutenance de thèse le vendredi 3 février 2017

Stèle de Segalen dans la forêt du Huelgoat

M. Shao Nan soutient une thèse de littérature française consacrée à :

« Victor Segalen et la culture chinoise : une conception de la vie et de la mort ».

La soutenance est publique et aura lieu le :

​vendredi 3 février 2017 à 9 h 30 


dans la salle des thèse Espace Deleuze de l'Université de Paris 8-Saint-Denis.

La thèse a été dirigée par le Professeur Christian Doumet.
Les membres du jury sont : Benoît Conort, Gérard Dessons, Christian Doumet, Bei Huang et Philippe Postel.

vendredi 2 septembre 2016

Segalen aux Marquises, par Michel Onfray





Le philosophe Michel Onfray a donné une conférence dont le thème est "Vie et mort des Marquises". Elle a été publiée dans Le Point, et est également accessible sur le site du magazine. L'oeuvre polynésienne et la pensée de Segalen font l'objet d'une analyse. 
Voici le texte d'introduction : 

Victor Segalen, Paul Gauguin, Nietzsche, Jacques Brel... Ils ont tous croisé un jour la route ou le souvenir des îles Marquises. Ces cinq archipels de la Polynésie française furent découverts à la fin du XVIe siècle, mais ils sont habités depuis 150 avant Jésus-Christ. Leur apogée puis leur décadence, les cultes dédiés à des dieux païens, leur civilisation ont interrogé Michel Onfray. Le philosophe s'est rendu sur son confetti de France de 997 km2 perdu en plein Pacifique. Il en est revenu avec six épisodes passionnants d'une série dans laquelle il sera autant question de religion que d'athéisme, de paganisme que de philosophie, de grands explorateurs que de civilisations disparues, de populations autochtones que d'artistes immortels, de nature luxuriante que de modernes projets.
Onfray réfléchit sur la question de la décadence. Comment naît, vit puis meurt une civilisation ? Peut-on restaurer une civilisation qui s'effondre ? Peut-on préserver sa mémoire ? De ses leçons du passé, l'auteur du Traité d'athéologie tente d'esquisser des solutions qui puissent s'appliquer aujourd'hui et demain à la France et à l'Europe.

Voici les liens vers les épisodes : 
Bonne écoute !

lundi 4 juillet 2016

Stèles et bientôt Peintures traduits en croate

Traduction en croate de Stèles, aux éditions , avec une calligraphie de Iva Valentić et Ming Sheng-pi
M. Stéphane Michel a traduit Stèles et Peintures en croate, en collaboration avec Senka Sedmak et Sanja Lovrenčić, recueils publiés aux éditions Mala Zvona. Voici les quelques mots qu'il nous a transmis pour expliquer ce travail : 

J'ai découvert Victor Segalen lors de mes études aux Langues Orientales en chinois et croate, il y a de cela huit ans. Au cours de mes études, je me suis orienté vers la didactique du français langue étrangère et ai soutenu mon mémoire de master II sur la didactique de la poésie, avec comme directeur de mémoire Joël Bellassen (ancien inspecteur général de chinois et auteur de nombreux manuels de langue chinoise).

Le fait d'avoir été confronté à deux langues aussi différentes que sont le croate et le chinois m'a amené à réfléchir sur la distance et l'imaginaire qui les séparent. De plus, dans un contexte où la globalisation d'aujourd'hui détruit peu à peu la beauté du Divers si cher à notre poète, il m'a semblé important de faire partager la prose absolument splendide de Segalen aux lecteurs croates, et de les inviter à réfléchir sur la manière de découvrir l'autre.

Personnellement, j'ai eu la chance d'étudier en Chine au tout début des années 2000 et de beaucoup voyager dans la Chine intérieure, notamment dans la province du Sichuan, ce qui m'a permis de "marcher sur les pas" de Segalen sans le savoir (à l'époque je ne le connaissais pas encore). Enfin, l'élément qui me touche particulièrement chez ce grand poète voyageur est cette poésie du refuge dans l'imaginaire, dans un contexte où la Chine impériale fut anéantie par les bouleversements de l'époque. Malheureusement il en va de même aujourd'hui avec une Chine qui ressemble de moins en moins à la Chine... (Et dans une moindre échelle, avec une Croatie qui ressemble de moins en moins à la Croatie). La poésie de Segalen est donc pour moi un moyen de renouer avec un monde qui avait encore une âme, un sens, un nom caché...

La publication de Peintures, quant à elle, est prévue pour 2017.

dimanche 3 juillet 2016

Les Treize Dimanches au Huelgoat, où il est question de Segalen



Parmi les treize rendez-vous proposés par Françoise Livinec à l'Ecole des filles au Huelgoat (les "Treize Dimanches"), deux, au moins, vont concerner Segalen : 
  • un rendez-vous avec Edwy Plénel, "Frères Volcans", le 7 août à 15 h : 
D'étonnements en découvertes, entre Bretagne et Caraïbes, Victor Segalen et Edouard Glissant, poétique et politique, une promenade volcanique sur les traces de l'inattendu du monde et de l'imprévisible de l'événement. Où l'on rencontrera en chemin une réflexion sur le journalisme et la démocratie.
  • un rendez-vous avec Michel Onfray, « Le Païen, le Divers et L'Exote. Segalen en Polynésie », le 3 septembre 
Les hasards de l'affectation militaire conduisent Victor Segalen en Polynésie. 
Segalen découvre là-bas un remède à sa mélancolie et quelques concepts : le Païen, le Divers et l'Exote. Ces trois concepts sont d'une étonnante actualité.

25, rue du Pouly
29690 Huelgoat
+33 (0)2 98 99 75 41

mardi 21 juin 2016

Colloque Langarts "Penser l'art du geste en résonance avec l'art et les cultures"

ZHOU Bingyang, Le souffle, 2015, 100 x 50 cm
L'équipe interuniversitaire Langarts (langages artistiques), dirigée par Véronique Alexandre-Journeau, organise un colloque : "Penser l'art du geste en résonance avec l'art et les cultures" les mercredi 29, jeudi 30 juin et vendredi 1er  juillet 2016 au Bâtiment Le France (salles 638-640), 190 av. de France, Paris 13 (métro Chevaleret, Bus 89).
Le programme est sur le site de Langarts. L'entrée est libre mais pour une meilleure logistique et un accès prioritaire, il serait mieux de nous prévenir de votre venue : langarts@orange.fr.

Voici le texte introductif : 
La conception holistique et le rôle essentiel du geste artistique en Asie les unifient dans une pensée globale de l’art : « l’approche par la façon dont le souffle et l’intuition font l’au-delà de la technique est de même nature pour la calligraphie, la peinture et la musique ».
En Occident, le geste est souvent abordé soit globalement pour ce qu’il révèle de la pensée qui le guide, soit en mettant l’accent sur les acquis théoriques et de maîtrise technique dans chaque art. Pour ce colloque, nous nous intéressons dans l’art du geste à ce qui guide le déclenchement du mouvement, à la façon dont il atteint son expression la plus parfaite et à sa créativité, au sens qu’on lui donne.
L’objectif  est  de  rendre  compte  du  geste  dans  sa  dualité  d’une  impulsion  portée  par  l’« imagination  motrice »  &  d’une  intention portant l’intériorité de l’artiste, cette dernière pouvant être empreinte de traditions mystiques (comme en Inde) ou d’hybridité (comme en art contemporain) ; sans oublier le rôle de l’intuition du geste, vécue tout autant qu’observée. Pour saisir cela, nous nous appuierons sur les interactions entre les arts et les cultures, les moments où l’un(e) s’exprime dans, à partir, à propos, d’un(e) autre et ce qui en est ainsi révélé. Nous combinerons l’approche directe, par la sensation corporelle de l’artiste et son ressenti d’un art/d’une culture à l’autre dans les pratiques performatives ‒ voire de ce que peuvent en dire les neurosciences ‒ avec les approches indirectes, par l’histoire de l’art et la littérature (notamment avec les écrits d’artistes ou de critiques d’art).

Voici le programme : 

Mercredi 29 juin

13h30 : Accueil
14h00-16h45 : SESSION I – LE GESTE INTERSUBJECTIF : OUVERTURE PAR KEY-NOTE SPEAKERS
  • « La fonction du geste dans l’expérience artistique partagée : l’intersubjectivité comme intercorporéité » par Christian HAUER (Université de Lille et CEAC) 
  • « Musical Gestures and Virtual Agency » par Robert HATTEN (Université du Texas à Austin, États-Unis)) 
  • COMMUNICATION PERFORMANCE : « Le geste par cœur, de l’écriture à la peinture » par YE Xin (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) 
17h15-18h45 : SESSION II – LE GESTE TRACÉ
  • « Les danseuses de Ye Qianyu, peintre chinois du vingtième siècle » par Marie LAUREILLARD (Université Lumière-Lyon 2, IAO/Lyon2, ENS et CNRS) 
  • « Gestualité dans les œuvres de Dansaekhwa, peinture monochrome coréenne » par Okyang CHAE DUPORGE (Université de La Rochelle et Inalco) 
  • « Jackson Pollock’s Arabesque » par Lisa Frye ASHE (Université Wake Forest, États-Unis) 
18h45 : Interlude – GESTE & SOUFFLE I avec des œuvres exposées et une performance de ZHOU Bingyang (Université Paris Ouest et artiste peintre)

Jeudi 30 juin

9h30-11h00 SESSION III – LE GESTE EN SCÈNE : FRANCE, JAPON, CHINE
  • « Quand le geste dansé aide à l’interprétation du geste musical et littéraire, les danses chantées dans la Médée de Marc Antoine Charpentier » par Annick FIASCHI DUBOIS (Université de Nice Sophia Antipolis) 
  • « Les gestes du bunraku ou dépassement de la vision barthésienne » par Lise GUIOT (Université Paul Valéry-Montpellier III) 
  • « Le nom du geste dans le Jingju : entre technicité et fonction métaphorique » par Éléonore MARTIN (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) 
11h30-13h00 SESSION IV – LE GESTE EN SCÈNE : INDE – COMMUNICATIONS PERFORMANCE
  • « L’expérience transculturelle d’un varnam : de l’apprentissage à la présentation » par Julie BEAULIEU (CERIAS, Montréal, Canada) 
  • « Étude de la mise en scène d’un Tandava dans le style Bharata Nāṭyam » par Géraldine Nalini MARGNAC (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) 
14h00-15h30 SESSION V – LE GESTE FILMÉ
  • « Gestes artistiques et « art de la modulation » dans le cinéma japonais des années 50 » par Joanna RAJKUMAR (CPGE) 
  • « Visisensibilité du geste artistique dans quelques films de Teshigahara » par Jacline MORICEAU (Comité de pilotage de Langarts) 
  • « Le cycle interprétation – geste – interprétation » par Patrick OTTO (Université Rennes 2) 
16h00-17h30 SESSION VI – LE GESTE DISTANCIÉ
  • « Deux gestes, une interprétation » par Zélia CHUEKE (Université UFPR du Brésil et Paris-Sorbonne IReMus/ GRMB ; copilote Langarts) et Isaac CHUEKE (Université Embap/Unespar du Brésil) 
  • « Étendre la conscience du geste. Pour une analyse des feedback multimodaux dans la pédagogie de la danse » par Andrea GIOMI (Université de Nice Sophia Antipolis) 
  • « Le rāga du concept à l’expérience » par Jonathan VOYER (Université du Québec à Montréal, Canada) 
18h00-19h00 INTERLUDE – GESTE & SOUFFLE II avec YOU Liyu (Université Paris-Sorbonne, cithariste concertiste) puis Véronique ALEXANDRE JOURNEAU (Université Paris-Sorbonne, Creops ; pilote Langarts) ; poèmes lus en chinois par WU Shijueshan et WANG Jing
19H00 : POT CONVIVIAL - Improvisations libres (artistiques et culinaires)

Vendredi 1er juillet

9h30-11h00 SESSION VII – LE GESTE TRANSCULTUREL
  • « Auguste Rodin’s Text “La Danse de Çiva” (1913/1921): Gesture(s) in a Transcultural Context » par Isabel SELIGER (Independent scholar and visual artist living in Berlin, Allemagne, Berlin, Allemagne) 
  • « Esthétiques et enjeux du geste aux performances : Nyotaku de Shozo Shimamoto et Anthropométries d’Yves Klein » par Miki OKUBO (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) 
  • « "Suis grotesque, trop de gestes" : la nostalgie du geste pur chez le mime Farina » par Laurette BURGHOLZER (Université de Vienne, Autriche) 
11h30-13h00 SESSION VIII – LE GESTE INFIME – COMMUNICATIONS PERFORMANCE
  • « Gestes infimes et regards dans la pratique du mime corporel » par Véronique MUSCIANISI (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) 
  • « L’art du geste dans la pensée zen » par KIM Hyeon-Suk (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) 
14h00-15h45 SESSION IX – LE GESTE DYNAMIQUE
  • « Antonin Artaud : pour une dynamique du geste au théâtre » par Laurent MATTIUSSI (Université Jean Moulin-Lyon 3) 
  • « Segalen : du geste du marinier à ceux du sculpteur et du dessinateur » par Colette CAMELIN (Université de Poitiers) 
  • COMMUNICATION PERFORMANCE  : « Le geste juste en aïkido : une approche interculturelle (France-Japon) et comparatiste » par Yen-Mai TRAN-GERVAT (Université de la Sorbonne nouvelle-Paris 3, CERC) et Josette NICKELS-GROLIER (GAMA) 
16h15-18h15 SESSION X – LE GESTE PERFORMATIF
  • « Le geste de la marche est au coeur de l’écriture chorégraphique : l’exemple du travail de la chorégraphe taiwanaise Lin Leechen 林麗珍, inspiré de la culture chinoise » par LIU Chan-Yueh (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) 
  • « Le geste flamenco d'Andrés Marín : un geste "ouvert" ? » par Anne-Sophie RIEGLER (ENS Ulm et Université Stendhal-Grenoble 3) 
  • COMMUNICATION PERFORMANCE : « Le vacillement moléculaire comme geste en partage entre danse et musique » par Biliana VASSILEVA (Université de Lille et CEAC ; copilote de Langarts), Guillaume TIGER (Cnam) et Laura Potrovic (Université de la Sorbonne nouvelle) 
18h15-19h00 DÉBÂT DE CLÔTURE – L’ART DU GESTE – KEY-NOTE COMMENTATOR
« Synthèse sur le vif du colloque » par Danièle PISTONE (Université Paris-Sorbonne)

La Petite Plage de Marie-Hélène Pouteau



Originaire de Brest, Marie-Hélène Prouteau vit dans la campagne nantaise. Elle écrit des romans (trois sont publiés) et de la prose poétique. Elle est aussi l’auteur d’études littéraires et philosophiques et de chroniques dans diverses revues de poésie.
La petite plage est pour Marie-Hélène Prouteau un point d’ancrage essentiel, réel et revisité en imagination par celle qui n’y réside plus. Elle arpente dans ce livre ce territoire premier face à la mer, lieu de tous les enchantements dans les rochers et les vagues de grand vent. 
Au fil du temps et de ses retours en ce lieu se sont tissés des liens étroits entre ce « finistère portatif », les émotions qu’il suscite et la découverte de sensibilités d’artistes divers qui ont marqué l’auteure. Musiciens comme Yann Tiersen qui compose non loin de là, à Ouessant, inspiré par le fracas des vagues ; peintres comme Gauguin et He Yifu venu de Chine et poètes comme Victor Segalen ou François Cheng. 
Chacun, à leur façon, féconde un regard neuf sur la petite plage. A travers les yeux du peintre chinois, c’est une autre petite plage qui apparaît, toute en brumes et pastels ; à travers ceux de Gauguin, le travail des goémoniers d’hier fait surgir la grande vague du japonais Hokusai. Passer devant un mégalithe est l’occasion d’imaginer Segalen arrivant de Brest où il soigne les blessés de 1918 et de se remémorer ses poèmes de Chine, « Stèles du chemin de l’âme ». 
D’autres visiteurs surgissent : Michèle Morgan en 1939 tourne Remorques sur une musique de Roland-Manuel. Roland Doré, le maître-sculpteur landernéen du 17è connu pour ses calvaires arrive à cheval. C’est la belle histoire des champs de lin bleus qui resurgit. Nous remontons encore le temps avec ces moines du prieuré médiéval qui pratiquaient le devoir d’hospitalité pour les démunis, occasion d’avoir une pensée pour le drame de Lampedusa. La grand-mère y fait retour sur un moment où, avec la mort du fils en 1944, l’histoire familiale et la grande Histoire se rejoignent dans la douleur. 
Des rencontres sur la plage, une artiste de Land art, un trader qui a trouvé en ce lieu son Compostelle loin des écrans boursiers font ressortir la richesse du ressourcement qui s’opère pour l’auteure dans ce face à face sensuel avec les éléments. 
Ce livre est un cheminement entre le proche et l’ailleurs, entre le passé et le présent, entre la nature et l’éveil par l’art. L’ouverture d’un bout de ciel pointe en ces pages, à l’image de ces femmes afghanes qui écrivent de minuscules poèmes de résistance, les « landai ». 
Avec Erri de Luca en exergue («l’autobiographie du lieu »), la tonalité est donnée. 

Extrait : 

Stèle du chemin de l’âme

Sentier en bord de mer. Je rencontre un groupe de marcheurs. Ils se déplacent en bandes comme les oiseaux migrateurs. Visages couleur de terre cuite, irradiés par la lumière qui monte de la mer, comme une grâce. 
C’est une steppe. Le sable et les oyats échangent leurs frissons. Sur la plage, au loin, les croupes des rochers polies par les vents offrent leur patine mystérieuse. 
J’ai quitté les dunes littorales. Chemin de randonnée. Loin des bruits du monde, c’est un de ces lieux où l’on invente d’autres rites, nos bâtons se disent bonjour, on se salue, on s’aère le cœur.
Je longe un petit champ. Au milieu des artichauts, le menhir de Kergallec. Haute pierre dressée de trois mètres. Le temps semble faire la pause. 
Devant le menhir droit et immuable, je pense à d’autres pierres levées, les Stèles de Victor Segalen. Des poèmes inspirés par ces « monuments restreints à une table de pierre [qui] incrustent dans le ciel de la Chine leurs fronts plats. » Avec elles, le mystère s’invite : « Elles forcent à l’arrêt debout, face à leurs faces. » 
Il a suffi que la lumière se ravive un instant dans la fraîcheur de l’air. Un tremblement qui naît de rien. Je crois apercevoir près du menhir l’ombre de Victor Segalen. Le jeune homme myope, en costume de drap noir impeccable est là devant moi. Il porte la main à sa moustache, silhouette frêle, nerveuse, que l’on dirait sortie d’un roman anglais. 
Depuis longtemps, je l’ai suivi dans ses poèmes. Partir comme médecin de marine, comme explorateur au cœur de la Chine, comme écrivain, c’est chez lui la même évidence tendue, frémissante. S’en aller ailleurs pour cheminer en quête de soi, c’est sa manie de l’âme. 
Dans ses textes, je sens, je touche les choses, la boue des sandales, les dalles de pierre qu’on caresse de ses pieds nus, les nœuds du bâton de marche. Loin du pittoresque, loin de l’exotisme des voyages. Il utilise les cailloux du réel. Pour ouvrir aux profondeurs de l’imaginaire.
« Tibet, tu te mugis d’une haleine ».
Dans sa poésie, je suis le rythme lent d’une respiration de marcheur. Un rythme dicté par le timbre austère et dépouillé d’un homme qui pose un regard autre sur le monde. 
« Repose-toi du son dans le silence et du silence daigne revenir au son ». 
Dans le tissage serré et concis de ses vers, une passion froide et brûlante explose. Ce pays enveloppé de mystère, qui a enfanté la « Cité interdite » l’attire. Mais son expérience est trop intérieure, l’homme trop énigmatique. S’il prend la route de la lointaine Chine, c’est pour aller au plus obscur, voir clair en lui-même. 
Il a filé à vélo depuis Brest, à fleur de chemins et de dunes. Le temps d’une visite sur la côte pour voir ses enfants en ce mois de septembre 1918. Derrière lui, il laisse l’hôpital maritime où la grippe espagnole prend le relais des tranchées pour cisailler les vies des soldats blessés. Sur le visage fin et distingué, aux lunettes cerclées, je sens l’énergie qui déserte. Une hémorragie lente de forces. Comment oublier la lumière blanche des salles où s’entassent les mutilés, les visages ravagés des gueules cassées ou les soldats fous au regard vide ? Comment oublier l’épidémie qui fait ses morts par fagots dans l’odeur d’éther et d’agonie ? 
Il y a aussi cette faim d’autre chose qui le tarabuste. Cette impression angoissée de poursuivre un rêve impossible. Ce lointain où il tente de se trouver lui-même, n’est-ce pas un pays où l’on n’arrive jamais ? 

Assis dans l’herbe sur un petit tertre, il sort une bouteille d’encre et un carnet de moleskine. Il s’accorde ce qu’il appelle son « heure bénédictine ». Il dessine la pierre dressée. Son regard ardent scrute longuement cette borne sans inscriptions ni symboles. Est-il en train d’imaginer son grand poème « Tibet » ? Ou peut-être ces Immémoriaux bretons qu’il a en tête d’écrire sur son pays natal ? À moins qu’il n’ait une pensée pour cet ami, double de lui-même qu’il appelle « Toussaint de Bretagne et du Litang » ? 
La minute est miraculeusement suspendue. 
Le vent de la Côte des sables franchit les continents, se mêle aux souffles de la lointaine Asie. Il me semble voir Segalen griffonner nerveusement quelque chose sur son carnet. Déchiffre-t-il l’invisible calligraphie du temps sur le granit ? 
Qu’est-il en train de me suggérer, celui qui est là, près de moi, arrimé au grand corps du monde ? 
Dans l’étourdissement du vent, le face-à-face avec la pierre est face-à-face avec soi. Ces pierres sont-elles chinoises ou armoricaines ? Peu m’importe, au bout du compte. C’est une leçon d’humilité que nous livre leur étrangeté venue du fond des temps. 
Quelque chose ici incline, « oblige », comme si la pierre indiquait le lieu intérieur. 
Comme si l’essentiel était de voir le proche avec les yeux du divers, si cher à Segalen.
Me revient ce qu’il écrit dans Équipée : « Ceci est un rêve de marche, un rêve de route, un sommeil sur deux pieds balancés, ivres de fatigue à la tombée de l’étape. »

Peut-être, sur ce chemin, n’y a-t-il eu qu’un instant rêvé, où s’est invité pour moi le fantôme de Victor Segalen ?